Après la lecture du Q&A de Toby Russell par John Richard's sur l'excellent site wasted life, d'autres questions m'assaillaient à propos de lui, de Robert Tai et du kung fu taiwanais. Aujourd'hui, j'ai mes réponses, et même plus.

 

Questions - Réponses avec TOBY RUSSELL

Toby Russell est un homme clef du kung fu indépendant et a travaillé de nombreuses années à HK et Taiwan où il réside encore aujourd'hui avant de co-fonder "Vengeance video", le label video du magazine britannique "Eastern Heroes". Il est aussi un ami de Robert Tai depuis 1984 et un fan depuis avant 1980, notamment lorsqu'il vit Devil killer et voulut absolument rencontré ce "malade" comme il le dit lui même.

Les connaissances de Toby en matière de kung fu nous ont permis de poser un vaste panel de questions précises. Il ne s'agit donc pas seulement de mes questions pour drkungfu et cinemasie mais aussi de celles de mes collègues du HKCinemagic et de Nanarland qui se sont réunis pour explorer avecToby cet univers méconnu. Heureusement pour nous, Toby qui n'a pas pour habitude d'en dire beaucoup a gentiment répondu à toutes nos questions avec une grande franchise et nous le remercions tous pour sa disponibilité.

Ce Q&A en 3 parties a été réalisé par mail.
Dans la première partie, Toby Russell nous donne des clefs importantes sur le monde de Robert Tai et son équipe dont il a fait pleinement partie, et sur la scène des films de kung fu taiwanais du début des années 80.

Dans la seconde partie, Arnaud Lanuque du hkcinemagic a ajouté d'autres questions sur Toby et son parcours avec les films de kung fu des années 80 et 90.

Et pour finir, l'équipe de Nanarland.com a ajouté plus de questions encore sur la bruceploitation, Godfrey Ho et le cinema Malais.


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PARTIE 1 :
TOBY RUSSELL et LE KUNG FU TAIWANAIS
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Yannick Langevin : Robert Tai Temple / Cinemasie.

 

À PROPOS DE ROBERT TAI et de l'expérience de TOBY RUSSELL à ses côtés


Toby Russell dans Shaolin Dolemite.

Yannick Langevin : Vous avez dit vouloir absolument rencontrer Robert Tai après avoir vu Devil Killer, qu'est ce qui vous a le plus marqué dans le travail de Robert Tai au point de vouloir le rencontrer ?

Toby Russell : J'étais un fan de R. Tai suite à Incredible kung fu mission, secret rivals 3, et thundering mantis (je ne savais pas qu'il avait aussi fait les films des Venoms à cette époque même si j'avais vu la plupart des films des Venoms). Donc un jour, je suis au cinéma à Leister square, je vois une affiche "Prochainement Devil Killer", c'est en chinois mais je peux lire beaucoup de mots chinois et je vois que Robert Tai réalise ce film, donc je sais que ce doit être quelque chose de bon. Je le vois finalement et je me prends une claque du tout début du générique jusqu'au combats finaux. Ils étaient différents de tous ceux que j'avais vu dans les autres films. Ils étaient remplis d'action et toutes les images servaient les combats, personne à courir autour à attendre son tour, ils combattaient tous en même temps, stylés, acrobatiques, avec des armes et des mouvements puissants, c'était comme un feu d'artifice. Après le film, j'ai dit à mon ami Wayne archer (acteur dans beaucoup de films HK) : Je dois aller à Taiwan et rencontrer ce type, Tai, et travailler pour lui - c'est un malade ! "

Y.L. : Vous dites que Robert Tai vous a proposé de joué dans Mafia Vs Ninja, version 3 heures pour la télé. Vous connaissiez déjà Alexander Lo. Comment avez-vous rencontré Eugene Thomas et Sylvio Azzolini?

T.R. : Quand je suis arrivé à Taiwan la première fois, je n'avais que le numéro de Chiang Sheng, il était trop occupé pour me présenter à tout le monde, je lui ai donc demandé le numéro de Chu Ker, (je le connaissais de HK et c'était un type très cool). Je l'ai appelé et suis parti à sa rencontre. Nous sommes restés ensemble pendant plusieurs jours alors qu'il tournait pour la télé. J'y ai rencontré un jeune nommé XIao Shan, nous sommes devenus bons amis. Je lui ai demandé s'il connaissait Tai, il me dit que oui, qu'il participait à une série appelée "Big monk little hero" (très bon show), il m'a donné le téléphone d'Alexander et je l'ai appelé. Il a pensé que je plaisantais lorsque je lui ai dit que j'étais un fan qui voulait lui parler, bref nous nous sommes rencontrés et je lui ai parlé de la folie kung fu au Royaume-Uni, aux USA et dans les Caraïbes, il n'était pas du tout au courant et fut très surpris, il a ajouté qu'il me ferait rencontrer Tai.

Plus tard dans la nuit , il m'a téléphoné pour me dire que Tai et Lam Tien Hung voulaient me rencontrer, ce qui fut fait le lendemain, c'était génial, Lan avait apporté des tonnes de photos d'exploitation de Mafia v ninja et me le présentait comme leur nouveau film, ils voulaient faire une version vidéo plus longue et m'ont demandé si je voulais être dedans, (j'ai aussi obtenu un rôle pour Mimmo dans le film), c'est à ce moment que Tai m'a dit qu'il avait aussi fait toute la série des films des Venoms.

Je n'ai pas recontré Eugene et Silvio avant plusieurs jours à la maison de M. Lan. Silvio était originaire d'Amérique du Sud, il étudiait le kung fu à Taipei, il n'a tourné que dans Mafia v Ninja et Final Duel. Il est parti après le tournage à Dallas pour ouvrir une école de kung fu.

Eugene quant à lui était déjà à Taiwan depuis un moment, il faisait partie d'une équipe de basket semi-pro qui appartenait à Ng See Yuen, il y a rencontré Billy Chong et Carl scott. Il a rencontré Alexander à la salle de gym Wong Tao et c'est comme ça qu'il est arrivé dans les films de Tai, il a fait aussi beaucoup d'autres bons films à Taiwan pour d'autres réalisateurs, personne n'a plus entendu parler de lui depuis le début des années 1990.


Eugène Thomas, Toby Russell et John Ladalski dans Ninja Final Duel

Y.L. : Robert Tai et Alexander Lo se sont rencontrés la première fois sur Incredible Kung Fu Mission (si je ne me trompe pas). comment est né et comment se passait leur relation particulière maître / élève? Est-ce qu'il y avait des différences notoires avec vos propres relations avec Tai ?

T.R. : Alexander est le frère cadet de Tang Lung, qui a joué dans des films des 70's. En fait, Devil killer utilise un de ses films pour la partie la plus ancienne. Je pense que Tang Lung a envoyé Alexander vers Lam Tien Hung après qu'il ait remporté le championnant taiwanais de Tae Kwon Do en 1978. Tai a apprécié Alexander dès le début et lui a demandé s'il voulait étudier la réalisation avec lui, il fut d'accord et travailla avec lui sur des films comme Heroes et Fistfull of talons avant Devil killer et Shaolin v Ninja.

Tai traîte tous ses étudiants de façon stricte mais toujours avec loyauté et bienveillance.


Alexander Lou et Robert Tai, maître et disciple devant et derrière la caméra.

Y.L. : Votre filmographie de Robert Tai parue dans Eastern Heroes N°6 contient des années de production totalement différentes de celles habituellement vues sur internet. Ainsi, Shaolin Vs Ninja aurait été réalisé en 1980 au lieu de 1983, et devient du même coup son premier film entièrement réalisé par ses soins, Mafia Vs Ninja aurait été ralisé en 1982 au lieu de 1984, et Shaolin against Lama et Ninja Vs Shaolin Guards seraient de 1981, soit antérieurs à Mafia Vs Ninja.
Comment expliquez-vous ces différences qui ont une incidence notoire sur le parcours de Robert Tai et son équipe ?

T.R. :
shaolin v ninja 80/1
Shaolin chasity 81/82
ninja guards of shaolin 82
Shaolin against Lama 82
mafia 83/4


Y.L. : En considérant votre filmographie de Robert Tai, avez-vous vu Shaolin Vs Ninja avant d'être impliqué dans Mafia Vs Ninja?

T.R. : Oui, je l'ai vu en 1983 en Malaisie, je les ai rencontré en 84.

Y.L. : Shaolin Vs Ninja est considéré par certains fans comme une étape importante dans la façon de filmer l'action et le travail avec les câbles au cinéma, Ching Siu Tung lui-même aurait été influencé par ce film par le biais de son frère qui a travaillé dessus. Qu'est-ce qui rend le film si spécial à votre avis et quelle est l'histoire derrière sa production et son tournage ? Pouvez-vous nous expliquez pourquoi ce film est si sous estimé aujourd'hui et pourquoi les seules copies disponibles sont en si mauvais état ?

T.R. : Ce film est l'enfant chéri né du cerveau de Lam Tien Hung et de Robert Tai. A cette époque, les films de ninja étaient en vogue grâce aux films de Sho Kosugi. Ce qui est unique à propos de Shaolin Vs Ninja, c'est que certains des acteurs / cascadeurs utilisés étaient les meilleurs jamais vus en Asie et ce, jusqu'à aujourd'hui. Cela a même été dit par Samo et Yuen Kwai qui ont utilisé certains d'entre eux dans Ninja in the dragon's den (avec la permission de Tai). Jackie voulait aussi les hommes de Tai pour la scène de la pyramide humaine de Dragon Lord, Tai aurait donné son accord si Jackie lui avait laissé tourné la scène, Jackie refusa (Jackie, Samo, et Tai sont bons amis depuis l'adolescence).
Les cascadeurs dont je parle sont N°18 Lee Hai Hsing, N°5 Wu Hao (malheureusement, il fut paralysé du cou pendant le tournage de Shaolin against lama), il fut la doublure de Conan lee dans Ninja in Dragon's den - sur le haut de la table, et aussi de Chan Siu Lung dans cooks of kung fu, le double salto frontal sans trampoline ni rampe. Le troisième est William Yen, un élève plus jeune que les deux autres, ils ont tous été à l'école d'opéra d'Hai Kwang (la Marine). Il y avait aussi N° 7 Ah Yung (épée et bouclier, il jouait le sabreur dans Guards of Shaolin). C'est le mélange de leurs performances acrobatiques extrêmes et de leur culot couplés à l'esprit créatif de Tai qui font de Shaolin Vs Ninja un classique. Il y a des mouvements dans ce film qui sont si dangereux comme lorsque N°18 descend les escaliers de nuit en faisant des flips, ou N°5 qui réalise des flips contre le mur, ou William Yen et ses sauts périlleux arrières sur des poteaux, (cet excellente scène est plus courte dans le film). J'ai demandé à Tai pourquoi il avait réalisé des mouvements aussi dangereux pour un public qui ne les remarquerait même pas, il m'a dit : " ces mouvements sont là pour que les gens de l'industrie du cinema voient à quel point nous sommes bons ".

Je ne pense pas que le frère de Ching Siu Tung ait travaillé sur ce film mais Alan Hsu oui, et c'est un bon ami de Siu tung c'est lui qui a partagé beaucoup de secrets de tournage avec Ching. Ching a aussi pu voir le film en privé dans un labo à HK. Vous remarquerez que la scène où le maître shaolin est tué par des ninjas dans Shaolin Vs Ninja est presque la même que celle dans Duel to the death.

Mais c'est un fait certain que le frère de Chin Su Tung, Ching Siu Lung (acteur, monteur, effets sonores) était l'un des monteurs de Ninja final duel, et qu'il a donné à Siu Tung les cassettes pour qu'il les visionne. Il a même téléphoné à Robert Tai pour lui demander comment il avait fait le plan avec le ninja qui se fait propulser à 100 mètres dans les airs, Siu Tung voulait utiliser ce plan dans Chinese Ghost story, mais R Tai lui a dit : "tu as les cassettes, travailles dessus toi-même" mais il n'y arrivait pas. A vrai dire, ce qu'a fait Tai était très malin, mais c'est un secret que je ne peux vous révéler.

Je ne veux rien enlever à Ching Siu Tung, c'est un grand réalisateur mais dans son optique il est normal de copier les autres si vous le voulez. Il se trouve que j'étais membre du même vidéo club que lui à Kowloon, il était toujours là à louer des films (des mauvais aussi, je m'en souviens), son frère aussi est un pro pour piquer le travail des autres, il a pris les effets de l'arme de Robocop sur le laser disc et les a utilisé dans the killer de John Woo, Tai de son côté regarde rarement la télé, encore moins des films.

Ce film n'a jamais été bien exploité à travers le monde, puisque Golden Sun films ne travaillait qu'avec des petites compagnies, donc le seul endroit où vous auriez pu le voir sur grand écran était au Japon, le film a fait de bonnes recettes dans les pays du tiers-monde (3rd world countries - pays en voie de développement).

Vers 1999, Monsieur Lan a vendu tous ses films à la Warner Bros donc je doute que ce film sorte un jour. Mais qui sait, un jour peut-être.

Y.L. : Fists of Legends 2 est un film "2 en 1" initialement pris de Return of the Assassin (1973) chorégraphié par Lau Kar Wing, avec Larry Lee que vous semblez bien aimé vu la place que vous lui offrez dans Top Fighter. Comment est né cette folle, limite improbable mixture entre un faux Bruce Lee et un faux Jet Li?

T.R. : Mon ami George Tan est venu avec l'idée alors que Roy Mc Aree, le détenteur du film, venait de le lui céder. Je l'ai juste produit, j'ai beaucoup aimé ce projet où tout s'est déroulé en douceur, nous avons tourné les nouvelles prises en 4 jours et demi, je voulais que William Yen soit l'acteur principal, mais il m'a dit s'être retiré du cinéma, il m'a dit que Tai l'avait fait travaillé trop dur, et tout ça pour rien, il est donc parti pour ouvrir un restaurant dans la province du Sichuan en Chine. Vraiment dommage car il est bien meilleur que Jet Le. Van damage (Todd senofonte) était la vraie doublure de Van Damme dans beaucoup de ses films, il lui a d'ailleurs montré Fists of legends 2, Van Damme a été si impressionné qu'il l'a viré.


Todd Senofonte (le faux JCVD), Jet Le (le faux Jet Li), Larry Lee (le faux Bruce Lee) et Robert Tai dans Fists of Legends 2

Y.L. : Ninja Final Duel a été monté et remonté plusieurs fois pour sortir sous différents formats. Le dernier exemple est Shaolin Dolemite avec l'ajout actuel de Rudy Ray Moore. Qu'est-ce que Robert Tai voulait faire à l'origine avec plus de 12 heures de rushes ? quelle est votre contribution dans ce long procédé, et enfin comment en êtes-vous venu à choisir Rudy Ray Moore?

T.R. : J'ai aussi demandé à Robert Tai quelle était l'idée originale du film et lui-même n'en est pas sûr, Le projet a été financé par un milliardaire Malais appelé Terry Chang, il est aussi propriétaire de Kings Video à Taiwan (Tai lui a obtenu un deal avec la Shaw).

Je pense que Tai exploitait juste le gars et continuait de tourner tant que l'argent était là, à ma connaissance, il y a eu deux films faits (35mm) et deux versions vidéo exploitées, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, Taiwan et la Corée sont les seuls à avoir eu ces versions. Encore une fois, c'est George qui voulait utiliser Rudi Ray Moore pour le marché américain juste parce que c'est une grande star là-bas, Tai était heureux de le faire puisqu'il allait se faire de l'argent, la version complète n'est toujours pas sortie, Je me prépare à faire un box dvd chez Soulblade dvd à Londres bientôt.

Y.L. : Comment expliquez-vous qu'un créatif aussi brillant que Robert Tai n'ai jamais bénéficié de budgets plus importants et pourquoi êtes-vous quasiment le seul à l'avoir toujours suivi ?

T.R. : Le problème avec Tai c'est son tempérament, il a une très forte personnalité, si un producteur ne pouvait pas le maîtriser, il était fini, Lo Wei l'a viré, Sun Chung l'a viré, Chang Cheh et lui se sont beaucoup battus - Il a fermé les plateaux des Venoms de nombreuses fois. Une fois, il est même retourné à Taiwan pour protester pendant le tournage de Life Gamble, Mona Fong a du envoyer des gens le supplier de revenir car ils ne pouvaient pas terminer le film sans lui, Chang Cheh disait que les prises n'étaient pas bonnes tant que Tai ne s'en était pas occupé. Il est très créatif et il n'aime pas qu'on lui dise quoi faire, vous devez le laisser seul faire ses trucs, à partir du moment où vous lui dites non je veux ci ou ça, il vous crie dessus : "si tu veux ça, alors fais le toi-même !"

Tellement de gens savent combien il est brillant mais ils savent aussi combien il est difficile à contrôler, Ti lung refusait de tourner The Heroes à moins que Tai en soit pour faire les combats. Il n'était pas content des frères Yuen qui étaient à l'origine les chorégraphes (à ce propos, les Yuen ont engagé plus tard les élèves de Tai, Chiu Chung Hsiang (Child of peach) pour travailler sur beaucoup de leurs films des années 80).

Quelques Boss à HK m'ont dit que la personnalité de Tai était une honte, alors qu'il aurait pu être l'un des meilleurs.

Il est un peu comme Van Gogh, les gens ont dit qu'il était une merde pendant toute sa vie, et maintenant ses peintures sont les plus chères du monde, Le public n'aime que ce qu'on lui dit d'aimer ou ce qui est en vogue, Je n'aime que ce que j'aime, je me fiche de savoir si je suis seul ou s'il y a du monde. J'ai aimé Jackie quand j'ai vu wooden men je n'ai pas eu besoin de voir Drunken Master pour savoir qu'il était le meilleur.


A PROPOS DES FILMS DE KUNG FU TAIWANAIS au début des années 80

Y.L. : Au début des années 80, la scène indépendante du kung fu taiwanais semble comme un petit monde où tout le monde se connait. Y avait-il une grande famille taiwanaise ? Quelles étaient les relations entre Robert Tai, Ng Kwok Yan, William Cheung Kei, Lee Tso Nam et Joseph Kuo ? A quelle niveau avez-vous été impliqué avec eux ?

T.R. : Tous ces gens se connaissent depuis la fin des années 60 ; ils sont comme une grande famille. J'ai travaillé avec beaucoup d'entre eux d'une manière ou d'une autre, jouer, produire, interviewer, travaux d'appoint, comme apporter des négatifs pour Lee Yi Min, beaucoup de choses. C'est triste qu'il n'y ait plus d'industrie du film ici. Chang Kee est le fils de Lam Tien Hung, l'autre fils de Monsieur Lam est Lan Hai Han le jeune maître ninja dans Mafia Vs Ninja, il a travaillé plus tard pour Tsui Hark (swordsman 2, the blade). Je me demande bien pourquoi ????

Y.L. :
Pensez-vous que les réalisateurs taiwanais du début des années 80 sont toujours ou ont été sous-estimés à la vue de leur influence sur l'action moderne et l'action ninja ? Si oui, quelles en sont les raisons ?

T.R. : Non, je pense que beaucoup de gens dans le monde savent que les ninjas taiwanais sont les meilleurs, la plupart ont été entraîné par Tai dans le parc pendant le pré-tournage de Shaolin Vs ninja. Demandez à Yuen Kwai pourquoi il les a utilisé dans Ninja in the dragons den.

Y.L. : Quelques acteurs de la Shaw Brothers ont joué dans des films taiwanais à cette période, comme Ti Lung avec les Venoms et Yasuaki Kurata, Chen Kuan Tai avec Lee Tso Nam et Jimmy Wang Yu avec... lui-même. Ti Lung nous a dit que ce n'était pas une période très heureuse pour lui. Que savez-vous de l'atmosphère sur ces tournages, en particulier Shanghai 13, mais aussi d'autres films comme Ninja in the deadly trap, Life of a ninja et Challenge of the lady ninja avec Chen Kuan Tai et Yasuaki Kurata?

T.R. : Ti lung m'a dit deux fois que Heroes était son film taiwanais préféré, il était triste à ce moment là parce que la Shaw brothers était en déclin. Shanghai 13 a été fait par Hwang Kwo Chu et non Tai, je comprends que le film ait eu pas mal de petits problèmes.

Y.L. : Pensez-vous que le retour des Venoms à Taiwan et le tournage de Ninja in the Deadly Trap sonne un peu comme le crépuscule de cette génération de combattants tous présentés dans Shanghai 13? Comment se sentaient Philip Kwok, Lu Feng et Chiang Sheng pendant ces tournages ?

T.R. : Lu Feng et Chiang Sheng étaient heureux de revenir à Taiwan, Phillip kwok ne l'était pas, Chiang Sheng n'aurait pas pu se désintéresser davantage de ces films, ils ne représentent rien pour lui. J'étais avec lui à HK pour la première de Attack of the joyful goddess, le cinéma était plein et donc il m'a dit : "ne regardons pas le film, allons plutôt manger...".

 

Question bonus:
Y.L. : Votre filmographie de Robert Tai date Heaven and Hell de 1977 au lieu de 1980 comme on le voit partout sur le net, qui a raison ?
T.R. : Bien sûr, c'est 77.

 


Toby Russell dansTrinity goes East.

 

 

 

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PARTIE 2 :
TOBY RUSSELL et les films de kung fu
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Arnaud Lanuque : hkcinemagic.


DE VENGEANCE VIDEO À RARESCOPE


Arnaud Lanuque : Qu'est-ce qui vous a motivé à fonder votre propre label vidéo ?

Toby Russell : faire de l'argent et sortir le plus de films de kung fu possible.

A.L. : Quels sont vos critères lorsque vous sortez un film ? Faites-vous attention à la qualité du support, du master ou la présence d'une bande originale ?

T.R. : Je fais du mieux que je le peux. Dans certains cas, si le film est un classique, je veux le faire aussi bon que possible, comme lorsque j'ai voulu sortir snake in the monkey shadow, mais la piste mandarin est perdue et ils en ont fait une nouvelle que je hais donc je ne le sortirais pas jusqu'à ce que je trouve la piste originale Cantonaise ou mandarin, la piste anglaise appartient à R.P. Shah de Imperial Pictures.

A.L. : Que pensez-vous de l'évolution du marché vidéo ? comment comptez-vous rivaliser avec les nouveaux distributeurs comme HK Legends ?

T.R. : Les gens de HK legends sont mes amis. Brian White travaillait pour moi, ils ne sont pas en compétition avec moi. Si l'un de nous veut un film, il l'achète.

A.L. : Vous vous êtes récemment essayé à l'exercice du commentaire audio. Avez-vous aimé cette expérience ? Pensez-vous que c'est un bon moyen pour partager votre passion avec les fans ?

T.R. : Je n'aime pas du tout faire ça, cela m'ennuie de le faire, je ne suis pas doué pour parler.

A.L. : Pensez-vous réaliser de nouveaux documentaires sur les films d'action chinois ?

T.R. : Pas pour le moment


TAIWAN VS HONG KONG

A.L. : Vous avez travaillé aux deux endroits. Que pensez-vous des différences de production, de tournage entre les deux ? Y avait-il une rivalité entre les productions Taiwanaises et Hogkongaises ou une compréhension mutuelle et une solidarité entre réalisateurs chinois ?

T.R. : Les gens de HK sont plus durs et malfaisants. Ils feront les choses pour vous mettre délibérément en mauvais posture. Taiwan, c'est le contraire.

A.L. : Vos propres goûts en tant que public semble aller vers les films de kung fu Taiwanais. Pourquoi les trouvez-vous plus intéressants que les films faits à HK ?

T.R. : Non, je ne suis pas d'accord avec ça, j'aime autant HK que Taiwan.

A.L. : En tant qu'étranger, où vous sentez-vous le plus à l'aise, le mieux accueilli par les locaux de l'industrie du cinéma ?

T.R. : C'est très facile pour moi de parler avec les gens de cinéma puisque je connais leurs films mieux qu'eux ne les connaissent. ça les rend heureux, même à HK.



EXPERIENCE D'ACTEUR



A.L. : Comment avez-vous participé à Possessed 2 ? Pouvez-vous nous aider à identifier le gentleman noir qui a joué dedans (si je ne me trompe pas, il joue aussi dans Isle of Fantasy)?

T.R. : Je n'avais pas d'argent à HK j'ai donc demandé à mon ami si il pouvait m'avoir un petit rôle, ce qu'il fit.
Il y avait deux noirs dans le film, l'un était Errol Chan, l'autre un Néo-Zélandais qui joue aussi dans La fureur du Dragon, j'ai oublié son nom, j'étais un fan du réalisateur David Lai, j'ai vu son film Lonely 15 et nous en avons parlé entre les prises, un bon moment.


A.L. : Même question à propos de Aces Go Places 3. Avez-vous été témoin des problèmes de Tsui Hark pour réaliser de ce film ?

T.R. : Oui il est devenu fou avec l'assistant de production pour m'avoir engagé alors que j'étais si jeune. Il a disait : "Mec, comment ce putain de gosse peut-être la crême des hommes de la C.I.A !!!!". J'avais à peu près 19 ans à ce moment là, j'étais aussi en père noël. J'ai dû changer mes sourcils avec ceux de Sam Hui. J'étais content de le rencontrer, c'est le meilleur chanteur chinois à mon avis.


Toby Russell à gauche dans Aces go places 3.

A.L. : Pourquoi n'apparaissez-vous pas autant dans des films que vos collègues comme Bey Logan ?

T.R. : J'ai fait beaucoup de films à Taiwan, en Malaisie aussi mais ils n'ont pas été beaucoup vu de l'autre côté de l'océan, parfois je regarde la télé et je me vois, j'avais oublié que j'avais fait ce film.

A.L. : Vous pratiquez les arts martiaux mais vous ne montrez pas beaucoup vos capacités à l'écran excepté dans Ninja final duel. Pourquoi ?

T.R. : Je ne suis pas bon, voilà pourquoi.

A.L. : Étiez-vous en bon terme avec le groupe d'étrangers qui travaillait dans l'industrie pendant le début des années 90 (Mark Houghton, Bruce Fontaine, Steve Tartalia, Jeff Falcon...)?

T.R. : Oui, je les connais tous, ils sont mes amis... enfin la plupart.

 


RÉALISATION


A.L. : Il est très rare pour un occidental d'être pleinement impliqué dans le processus créatif de réalisation que ce soit à HK ou à Taiwan. Avez-vous rencontré des obstacles ?

T.R. : Non

A.L. : Trinity Goes East représente-t-il le film que vous rêviez de faire ? Quel serait votre projet rêvé et jusqu'où êtes vous allé pour cela dans vos productions précédentes ?

T.R. : Non, Trinity n'était pas un projet rêvé mais je pense que c'est un film qui aurait pu être beaucoup mieux fait qu'il ne l'a été, le problème principal était le lieu de tournage, le Vietnam, un endroit terrible pour tourner ce genre de film, je voulais filmer à Taiwan, à HK, en Malaisie, partout plutôt qu'ici, mais Tai insistait là dessus. Je savais qu'il ne serait pas aussi bon si nous le faisions là-bas et j'avais raison. Le film n'est pas si mauvais, mais ce fut le premier projet où j'ai perdu de l'argent.

Mon rêve serait de faire un film avec des combats comme dans the Victim, les armes de Jackie Chan, les flips des films de Robert Tai, les kicks de HJL et le réalisme de Tommy Carruthers au coeur d'une histoire dans le Shanghai des années 20.

 


Toby Russell dans Shaolin Dolemite.

 

 

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PARTIE 3 :
Godfrey Ho, la Malaisie et la BRUCEPLOITATION
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John Nada & RICO : Nanarland.com.

 

À PROPOS DE GODFREY HO


Angel Mission / Born to Fight

Nanarland Team : Vous êtes crédité comme acteur dans Angel Mission / Born to Fight réalisé par Chris Lee et Godfrey Ho. Ce réalisteur a très mauvaise réputation parmi les fans. Comment s'est passé le tournage ? Puisque vous êtes expert en cinéma HK, que pouvez-vous nous dire de ce mystérieux personnage ?

Toby Russell : Godfrey Ho est un gars très cool et un réalisateur capable aussi, je l'ai rencontré la première fois lorsqu'il réalisait Man from Holland. J'étais impressionné de voir à quelle vitesse il travaillait, J'ai eu un petit rôle dans Angel Mission, mais Godfrey était supplanté par Ko Fei et tous les cascadeurs, il était comme un maître d'école s'occupant d'une bande de mauvais garçons.

Je ne pense pas qu'il soit mystérieux, il a vraiment fait beaucoup de films, mais ces films IFD coréens il ne les a pas fait. ils ont été fait par les Coréens, Il enseignait le cinéma jusqu'à l'année dernière à l'école polytechnique de Hong Kong (Roy Horan a aussi enseigné là-bas - les sciences). J'ai oublié ce que fait Godfrey maintenant. Je l'ai rencontré il y a 6 mois environ, il me l'a dit mais je ne m'en souviens plus.


À PROPOS DE LA MALAISIE

N.T. : Vous avez travaillé en Malaisie avec John Ladalski en tant que scénariste, réalisateur et acteur dans 2 films. Comment vous-êtes-vous retrouvé sur ces projets ? Ces films étaient-ils destinés au marché local ou international ?

T.R. : C'est John qui m'a eu ces boulots, j'ai été à Cannes en 89, j'ai rencontré un type appelé Sunny Lim, il m'a demandé si je voulais faire des films en Malaisie, J'ai dit oui bien sûr, et je l'ai fait. Ils étaient pour le marché malaisien avant tout mais le premier film Daddha connection a été vendu dans de nombreux pays. C'est un honnête film mais jamais fini puisque Alexander voulait plus d'argent pour rester une semaine supplémentaire et Lim a dit non, donc il y a quelques scènes manquantes. Il a été tourné en super 16mm comme ninja final. Le second film a été tourné en 35mm, l'équipe était tous des amateurs, c'était fou mais on a passé un bon moment, Le film était bon aussi si on le prend dans le sens délirant. Je ne l'ai pas monté puisque Sunny ne m'aurait pas payé pour rester et le monter, donc ils ont pas mal défiguré le film.

Aujourd'hui, Sunny va tourner un film avec Seagal, Van Damme et Mike B, la nouvelle star du kung fu Thai.

N.T. : Le cinéma d'action des Philippines et d'Indonésie nous sont familiers mais nous ne sommes pas très au courant des productions Malaises. Pouvez-vous nous en dire plus à leur propos ?

T.R. : Il y en a peu et elles sont loin derrière, mais dans les années 50 il y avait beaucoup de films faits par la Shaw Bros et un grand réalisateur appelé P Ramlee. Le problème avec eux est qu'ils sont tellement fainéants et ils manquent de créativité, la même chose peut être dite pour les Singapouriens.

 

À PROPOS DE LA BRUCEPLOITATION


Bruce Li Siu Lung contre Lung Fei dans New Game of Death aka Goodbye Bruce Lee

N.T. : Comment la mort de Bruce Lee a-t-elle été vécue à HK ? Nous sommes surpris de voir autant de films qui utilisent des images d'archive de Bruce Lee dans son cercueil. N'était-ce pas choquant pour le public à cette époque ?

T.R. : Non

N.T. : Est-ce vrai que les films de faux Bruce Lee n'étaient fait que pour l'exportation et ciblait une audience occidentale ? Est-ce que le public Taiwanais et HK s'intéressaient à ces productions ? Est-ce que le marketing autour de ces films (le nom des acteurs, les titres, les affiches reprenant les photos du vrai Bruce Lee) était élaboré dans le but de tromper les acheteurs étrangers ?

T.R. : Non, Taiwan était un gros marché pour ces films aussi, Bruce lee true story a été vu doublé en cantonais pour sa sortie cinéma, j'ai cette version d'ailleurs.

N.T. : Il semble que la vague de la Bruceploitation ait une origine taiwanaise plutôt qu'Hongkongaise, Est-ce vrai selon vous ? Comment est venu l'idée de faire des films de faux Bruce Lee avec des stock-shots de Bruce Lee lui-même ?

T.R. : Je ne suis pas sûr de cela, puisque les producteurs de ces films taiwanais vivaient à HK aussi. Mon ami Monsieur Shih Chiao Chin a tourné les plans des funérailles de Bruce Lee avec l'idée de les utiliser dans les films qu'il a produit comme fist of unicorn et story of drunken master.

N.T. : Vous avez rencontré et parlé avec de nombreux acteurs spécialisés en faux Bruce Lee comme Bruce Li Siu Lung, quelle est votre opinion sur eux et pouvez-vous nous parler de personnes comme Bruce Li, Bruce Le, Bruce Liang, Dragon Lee et d'autres que vous appréciez particulièrement ?

T.R. :


Bruce Li : très gentil, poli, courtois, gros fan de cinéma et de Bruce lee
(nddré : cf son interview dans Top Fighter).


Bruce Le
: Business man magouilleur fou, aime parler vite et voir grand, jamais peur de prendre des risques, c'est pourquoi il est maintenant en prison en Chine pour escroquerie. J'ai demandé à l'interviewer mais il a refusé pensant que les gens le détestaient car il copiait Bruce Lee. Je lui ai dit que non, qu'ils l'aimaient pour ça, mais il ne voulait toujours pas le faire. À l'époque où je lui avais demandé, il a fait les gros titres des journaux pour la vente de ses devises, titres et actions. Je l'ai rencontré plusieurs fois, à Cannes même.


Bruce Liang
: Fanatique complet des arts martiaux, aime les combats, En fait c'est tout ce dont il parle, combattre, combattre, combattre, et c'est un bon.


Dragon Lee
: Très intelligent, très sympa, je ne l'ai rencontré qu'une fois pendant 1 heure environ dans un Coffee Shop Coréen, mais il était génial, c'est un bon businessman aussi, il a une chaîne de cinemas en Corée.


N.T. : Pouvez-vous nous en dire plus sur Dick Randall et André Koob, deux producteurs qui sont venus à Hong Kong pour tourner des films avec Bruce Le pour le marché occidental ?

T.R. : Je ne connais pas Andre Koob, jamais entendu parler. Dick Randall, je connais bien, c'était un chic type, J'ai fait la dernière affaire de sa vie et sa femme a dit que ses derniers mots furent "Dis à Toby que le master est à Del Compo", c'est un labo à Rome. Une nuit j'ai invité Dick et sa femme à la dernière séance au cinéma de Brixton pour voir "8 diagram pole fighter", il a adoré, il a dit que c'était sa plus belle expérience de cinéma !

 

 


Nous remercions Toby Russell pour sa disponibilité, sa passion... et sa patience.

Q&A dirigé par Yannick Langevin pour Robert Tai temple et Cinemasie.com, avec la collaboration de Arnaud Lanuque pour hkcinemagic.com et John Nada et Rico pour nanarland.com. 02/2007

Photos : © Eastern Heroes
 

 

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